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  • Thierry Bréboin

Chapitre 2 - Happy Birthday

« Un film, c’est la fête d’anniversaire d’un metteur en scène. C’est lui qui choisit ses invités et la musique, qui décide si l’on porte des chapeaux ou pas… »

Jodie Foster – actrice, réalisatrice et productrice américaine.

14 Novembre 2083, 8 heures du matin. « Gaïa Farm ».


Le vieil homme, pieds nus, sortit de son éco habitat circulaire, bâti il y a maintenant presque 50 ans, à base de chanvre et de chaux.

La brume se levait des champs alentours. Le chant des oiseaux annonçait le réveil d’une nouvelle journée. La Nature dégageait son parfum matinal composé d’humus et de rosée.

Que de chemins parcourus et d’obstacles franchis depuis son exil d’Europe en 2030 vers Polis, son engagement politique en 2038 et la construction de « Gaïa Farm ». L’effondrement du modèle thermo industriel mondial basé sur la croissance et la surconsommation était passé par là.


Il longeait quelques éco habitats circulaires, lorsqu’il aperçut Cynthia, travaillant la terre et prenant soin d’utiliser les principes de la permaculture.


— Joyeux Anniversaire Papy Phil, lui lança-t-elle.

— Merci Cynthia. Bonne journée, lui répondit-il avec un sourire.


La Terre Mère semblait reprendre ses droits, songeait-il.

La récolte était abondante depuis presque 15 ans. « Gaïa Farm », qu’il avait créé il y a presque 50 ans avec quelques amis, avait pris de l’ampleur. Une communauté de 45 personnes vivait désormais dans cet éco village.

Les débuts n’avaient pas été simples. Il avait fallu tout reconstruire d’A à Z, repenser un nouveau modèle privilégiant la durabilité des ressources et des énergies, le tout dans un éco système autosuffisant.


De nombreuses autres petites communautés complémentaires, solidaires et interconnectées entre elles existaient partout sur Polis. Ce modèle communautariste de petite taille était le plus répandu et était devenu la norme depuis la prise de pouvoir par le peuple en 2035 et son élection au poste de Ministre de la Terre Mère en 2038. L’idée étant d’être le plus autonome possible en termes de ressources (eau, nourriture…) et d’énergie (électricité, chauffage…).


Un nouveau système avait été repensé afin de donner la primauté à la Terre Mère. Le capitalisme y était banni. Il existait bien une monnaie locale, le Polis, mais très souvent, le troc et l’échange de biens et de services y régnaient. L’altruisme et l’entraide faisaient partie intégrante des valeurs et traditions chères sur Polis.


Les principes de l’architecture bio dynamique avaient été rigoureusement appliqués à tous les éco habitats. L’orientation, les matériaux recyclés et la disposition des pièces permettaient de réduire drastiquement la consommation d’énergie.

Le modèle architectural, en forme circulaire, était inspiré des yourtes originaires de Mongolie, des huttes, des igloos et des bories en pierres du Sud de la France, dans le Lubéron notamment. Les termitières et les fourmilières sont de forme ronde, telles un cocon ou un nid. Dans la nature, le carré n’existait pas. Tout est rond ou courbé. Le carré était une invention de l’homme.

Gaïa Farm avait été conçue autour des 4 éléments de la Nature : L’eau, le Feu, la Terre et l’Air. Les éco habitats, construits selon deux techniques différentes et similaires, en reflétaient la philosophie.

La maison circulaire de Papy Phil avait été bâtie à base de chanvre et de chaux. Il n’y avait ni structure, ni armature en fer, ni poutre. L’action du chanvre et de la chaux, donnant une sorte de pâte à modeler, permettait de sculpter sa propre maison. Avec le temps, par carbonatation[1], ces deux composants se transforment en pierre très solide et pérenne. Papy Phil avait modelé un soleil à l’extérieur de son éco habitat d’une surface de 40 m². A l’intérieur, il avait disposé un tapis sur le sol constitué de branches de chanvre. Ainsi, pieds nus, il était en connexion permanente avec le champ électromagnétique de La Terre Mère.

Des étagères et des cavités étaient intégrées dans les murs de chanvre et de chaux. Des plantes aromatiques étaient disposées ici et là. Une cheminée sculptée, dont la façade était décorée d’un visage féminin, apportait la chaleur nécessaire à l’habitat. La forme circulaire et en dôme permettait de réduire considérablement la consommation en énergie utilisée pour le chauffage. L’aération et la lumière provenaient du Sky dôme. L’une des propriétés du chanvre était de pouvoir capter la chaleur dans la journée et de la restituer le soir[2].

D’autres habitants de Gaïa Farm avaient opté pour une construction un peu différente. La construction, également en forme de dôme, était soutenue par des murs constitués de bottes de paille. Le tout était renforcé par un mélange à base de paille et de chaux permettant d’obtenir un mur isolant d’environ 40 cm d’épaisseur[3].


La plupart des industries et grandes multinationales de l’ancien monde avaient disparues. De nouvelles industries dont le modèle s’inspirait de la durabilité de l’écosystème Terre avaient émergées. Mais plus généralement, le retour de l’artisanat de masse s’était substitué au modèle industriel classique. Ainsi, une industrie artisanale de récupération et de fabrication de blocs électronique de puissance était devenue florissante sur Polis.

Au sein de l’éco village, plusieurs éoliennes de petite taille en bois trônaient fièrement encerclées par des panneaux photovoltaïques recyclés. Lorsque le moteur d’une éolienne ou une cellule photoélectrique rendait l’âme, le quartier de récupération et recyclage, situé sur la Grande Place de la capitale, permettait de pallier à toutes défections.


La rivière proche de « Gaïa Farm » fournissait, grâce à un système hydraulique ingénieux, un surplus d’électricité et d’irrigation pour les champs de permaculture.

Un système autonome et durable, capable de capter l’énergie de la photosynthèse d’une plante pour ainsi créer de l’électricité, avait été introduit dans les champs. Des électrodes placées dans la terre récupéraient ainsi l’énergie libérée par la plante afin de créer un flux de courant[4].


A elles seules, ces sources d’énergie fournissaient l’ensemble des besoins nécessaires à la communauté en énergie électrique. En complément, chaque habitat était équipé de volant d’inertie, permettant de stocker et de lisser la production d’électricité. Cette technologie bénéficiait d’une durée de vie très longue et nécessitait peu de maintenance.

Tous les éco habitats étaient pourvus de cheminée dans la pièce principale pour la cuisson des aliments et pour le chauffage des pièces secondaires. La saison hivernale n’était plus aussi rude. En un siècle, le réchauffement climatique global avait enregistré une augmentation de 3 °C due aux émissions de gaz à effet de serre. Ce phénomène avait déclenché de nombreuses catastrophes partout sur la Terre Mère.


La permaculture, dite « culture permanente »[5], philosophie basée sur la prise en compte de la nature, de l'Être humain et du partage équitable au sein de la société, était l’un des modèles fondateurs de Polis. Le chanvre, les plantes médicinales, les plantes sauvages et comestibles, les arbres fruitiers, les légumes saisonniers poussaient en totale harmonie avec la nature dans un écosystème d’entraide naturel très productif.

Le chanvre était redevenu une industrie très prospère pour les besoins en habits, vêtements, meubles, conditionnements et isolation des éco habitats. Les plantes et herbes médicinales étaient réapparues depuis l’effondrement de l’industrie pharmaceutique, communément appelés les « Big Pharma ». En effet, comme pour de nombreuses industries, la raréfaction du pétrole et la hausse exponentielle du prix du baril ne permirent plus la fabrication, le conditionnement et le transport de médicaments à partir de 2040. Les soins étaient prodigués de façon traditionnelle par infusion ou décoction pour la plupart des maux rencontrés et leur efficacité n’était plus à démontrer.


L’eau, quant à elle, était devenue critique et très précieuse depuis l’effondrement de la civilisation industrielle telle qu’on la connut jusque dans les années 2030. Depuis la mainmise des lobbies et des industriels sur le marché mondial de l’eau, « l’or bleu » n’était plus un bien commun. De tout temps, cette ressource vitale avait été gratuite. Elle ne l’était plus et était de surcroît privatisée. Comme si l’air que nous respirons pouvait s’acheter et se vendre. Un non-sens illustrant la marchandisation mondiale des ressources communes[6].

Dans les années 2010 – 2020, la consommation d’eau par personne et par jour en Europe était d’environ 150 litres. Sur Polis, la consommation n’atteignait plus que 30 litres par jour et par personne. L’une des principales raisons de cette diminution résidait dans l’utilisation des toilettes sèches. Les excréments humains et la sciure étaient réutilisés en compost pour la culture des champs. Ainsi, la boucle était bouclée.

Des puits et des citernes enfouies dans le sol étaient disposés un peu partout dans « Gaïa Farm » pour les besoins des champs et de la permaculture.

Afin de rendre l’eau potable, un système ingénieux de récupération et d’acheminement en eau de pluie avait été mis en place.


Papy Phil se dirigeait vers le bâtiment principal. L’Agora était le lieu de rassemblement, d’événements, d’écoute et de résolution au sein de la communauté.

Le bâtiment avait été construit en forme de zome[7], contraction des mots zonaèdre et dôme. Le zome était formé par un assemblage de losanges, avec des arêtes de longueur identiques, lui donnant cette apparence de dôme. L’Agora était suffisamment grande pour accueillir l’ensemble de la communauté de Gaïa Farm.


C’est dans l’Agora que se tenait une fois par semaine le comité « PFH » du village. Le PFH signifiait « Putain de Facteur Humain ». Dans le passé, de nombreux éco villages et éco lieux avaient échoué dans leurs tentatives de construire une communauté basée sur un système résilient. La raison principale était liée aux conflits entre individus, mais surtout aux difficultés de communication pour les résoudre. Conscient des effets néfastes du PFH au sein de Gaïa Farm, Papy Phil avait mis en place les principes de « Communication Non Violente ». Inspiré de Marshall B. Rosenberg, dont le livre « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) » s’était écoulé à plusieurs millions d’exemplaires.

Le principe, très facile à retenir, était basé sur 4 étapes clés de communication et de résolution des conflits. L’acronyme « OSBD », pour Observation, Sentiment, Besoin et Demande, était un moyen mnémotechnique facilitant la mémorisation de la méthode.

Cette méthode avait produit des résultats dépassant les espérances de Papy Phil. Désormais, la CNV (« Communication Non Violente ») était enseignée à l’école dès le plus jeune âge[8].


Soudain, Jérémy accourut vers Papy Phil et se jeta dans ses bras.


— Bon anniversaire Papy Phil, l’embrassant très affectueusement.

— Merci Jérémy. 86 ! Le nombre d’années commencent à peser sur ma vieille carcasse.

— N’est-ce-pas toi qui m’a appris cette citation dont j’ai oublié l’auteur « La vieillesse est peut-être moins le sentiment de notre propre fin qu'un certain effacement des choses et des gens qui nous entourent », riant à pleine voix.

— Philippe Bouvard ! ça vient de Philippe Bouvard. Du coup, je ne me sens pas si vieux que ça, finalement. J’ai la chance d’être très bien entouré, lui répliqua-t-il sur un ton amusé.

— Vas-tu donner ton cours aujourd’hui ?

— Oui, c’est économie et politique sur la période 2030 – 2040. Tout un programme. Une heure pour traiter de l’ensemble de ce sujet, ça va être dense. Hier, je leur ai fait un cours sur les enjeux de la fission nucléaire versus fusion nucléaire.

— Quelles furent les réactions ?

— Le sujet du cours a dévié sur Astral, la Smart City Sœur. Ils me demandaient quand la fusion nucléaire serait réellement opérationnelle. Est-ce que nous pourrions l’utiliser sur Polis et comment ? Je fus assailli de questions. Ils manifestaient un intérêt évident pour le sujet. Je les comprends. La fusion nucléaire a toujours été annoncée comme l’énergie du futur. Une énergie illimitée et propre.

— Que leur as-tu répondu ?

— Les premières expériences ont débuté en 1950. Puis le projet ITER et DEMO[9] ont permis de faire de grandes avancées. Astral est la Smart City la plus avancée sur ce sujet. Ils utilisent des réacteurs nucléaires de 4ème génération. Puisque tu vas rencontrer aujourd’hui la Ministre de la Terre Mère, Demande-lui où en sont les avancées technologiques sur Astral. Des échanges ont lieu mensuellement, je crois.

— Je verrais si le moment est propice pour aborder ce sujet. Ce n’est pas l’objet de notre rencontre.

— Oui. Il y a un enjeu beaucoup plus important. Tu as raison.

— J’adorais lorsque tu nous donnais des cours. On écoutait tous avec une grande attention. Je me souviens que Charles et moi-même étaient les plus assidus et nous étions toujours en avance pour tes cours. Charles avait une préférence pour les sciences.

— C’est certain que tu préférais ça aux cours de couture et de cuisine, ricanant à son tour.

— Es-tu prêt pour ton rendez-vous ? ajouta Papy Phil.

— On a encore fait un test en réel hier. Tout a fonctionné à merveille. Je dois être au chantier dans 2 heures. On est prêt. L’équipe est très excitée et un peu nerveuse. Le moment est crucial.


Jérémy, sous son apparence athlétique, venait de franchir la trentaine. Ses cheveux châtains tombaient et ondulaient telle une crinière sur ses épaules. Sa barbe, taillée avec précision, lui donnait un charme et une séduction auxquels les femmes de son âge étaient très sensibles. Pour autant, même s’il lui arrivait d’avoir des aventures avec la gente féminine, Jérémy ne vivait pas en couple. Il habitait un des éco habitats de « Gaïa Farm », communauté dans laquelle il était très impliqué.

Les parents de Jérémy étaient décédés depuis presque 20 ans. Au début des années 2060, une épidémie de la « maladie du Charbon » avait décimé la moitié de la population mondiale, dont les parents de Jérémy, qui vivaient au sein de la communauté « Gaïa Farm ». La femme de Papy Phil, Jackie, ne résista pas non plus à cette pandémie mondiale.

Par affection et entraide, même s’il n’y avait aucun lien de parenté, Papy Phil décida d’adopter Jérémy, alors âgé de 10 ans et le prit sous sa coupe. En retour, Jérémy le surnomma « Papy Phil », probablement en raison de son âge avancé et de sa barbe blanche naissante. Ce surnom resta et tout le monde l’appelait désormais ainsi, même si son prénom était Philippe.


Cette pandémie mondiale était apparue à la suite du dégel de la calotte polaire arctique appelée Permafrost. Ainsi, le virus de la « maladie du charbon », disparu et enfoui depuis plusieurs siècles, se libéra suite à l’action du dégel et du réchauffement climatique[10]. La population mondiale chuta à 2 Milliards d’habitants seulement à l’issue de cette période traumatisante, laquelle n’est pas sans rappeler l’épidémie de peste noire au XIVème siècle qui vit la population européenne diviser par deux[11]. Les animaux sauvages ne furent pas épargnés non plus.

Le dégel du Permafrost entraina deux autres conséquences fort dommageables pour les êtres vivants sur la Terre Mère.

En premier lieu, le permafrost stockait 1 700 milliards de tonnes de méthane, une quantité de gaz à effet de serre deux fois supérieure à celle accumulée dans l’atmosphère de la Terre Mère en 2020. De plus, le méthane est un gaz à effet de serre bien plus dangereux pour le climat que le gaz carbonique. En conséquence, le méthane dégagé contribua par effet domino appelé « effet rebond » au réchauffement climatique. C’est ainsi que le méthane dégagé dans l’atmosphère est considéré comme un des éléments responsables des températures élevées connues en 2083.

Enfin, le permafrost libéra des centaines de tonnes de méthyl mercure dans l’atmosphère. Ce composé gazeux s’attaqua au système respiratoire et au système nerveux. Les populations d’Europe et du continent nord-américain furent les plus touchées. Des centaines de millions de victimes furent dénombrées, sans compter les espèces animales.

Papy Phil et Jérémy marchaient côte à côte en direction de l’Agora lorsque Jérémy s’apprêtait à partir vers ses occupations,


— Pourquoi ne viendrais-tu pas avec moi en cours ? Ça nous rappellera le bon vieux temps.

— Papy Phil, ce serait avec plaisir, mais…

— C’est mon anniversaire, tu ne peux rien me refuser. Tu seras largement à temps pour ton meeting, le coupant avec un sourire narquois.

— Bon, d’accord, mais je dois absolument partir dans une heure, souffla-t-il.

— Tu peux compter sur moi, accompagnant son engagement d’un clin d’œil.


Ils entrèrent dans l’Agora. Une dizaine d’adolescents et jeunes adultes assis, attendaient patiemment l’entrée du maître. Lorsqu’ils l’aperçurent, ils se levèrent, à l’unisson, et entonnèrent un « Happy Birthday » qui résonna dans tout Gaïa Farm.

Quelque peu gêné, Papy Phil, les remercia chaleureusement et les invita à s’asseoir afin de débuter le cours. Il se dirigea vers le centre de la pièce et s’assit en tailleur. Les élèves l’imitèrent et formaient un cercle autour de lui. Jérémy, silencieusement, se joignit au groupe. Les autres élèves furent étonnés de sa présence et l’accueillirent avec un sourire de bienveillance. Papy Phil introduit alors son cours.


— Je vous remercie du fond du cœur. Votre geste me touche énormément. Avant de débuter notre leçon du jour, j’aimerais paraphraser un critique littéraire du XIXème siècle du nom de Charles Sainte-Beuve « Vieillir est encore le seul moyen qu’on ait trouvé de vivre longtemps. ».


Souriant et visiblement satisfait de son effet, il laissa passer quelques instants volontaires de silence et enchaîna.


— Cette citation introduit parfaitement le contexte et le thème du jour : La période d’effondrement des années 2030 – 2040, appelée la « Période Sombre ». Cette Période fut marquée par une succession d’effondrements, d’abord financiers, avec, tel un volcan en éruption, des secousses sismiques et systémiques de plusieurs crises monétaires, puis financières dans la décennie 2030. Les bourses mondiales ne purent faire face à ces crises à répétitions, provoquant l’effondrement inévitable du modèle capitalistique et financier. Une série de crises économiques et commerciales suivirent, débouchant sur la banqueroute des principales entreprises cotées et non cotées. Le chômage avoisinait les 60 % de la population. Une crise politique majeure au niveau mondial, un effondrement des ressources en énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), la raréfaction des métaux rares, un dérèglement climatique dû aux gaz à effets de serre, des épidémies, des catastrophes climatiques partout sur la Terre Mère furent les épisodes de cette période dite Sombre.

La population mondiale de l’ordre de 7 Milliards d’individus au début des années 2020, atteignit 5 Milliards dans la décennie 2040. Des migrations massives de populations humaines et animales désertèrent les zones équatoriales et tropicales où survivre devenait de plus en plus difficile, voire impossible pour les populations concernées.

« A cette période succéda la « période de Transition » (2040 – 2050), puis la « période du Renouveau » (2050 – 2060) avant la « période Noire » qu’a connu la décennie 2060 avec l’épidémie de la « Maladie du Charbon ».

Ces crises successives s’accompagnèrent d’effondrements que Dmitry Orlov, écrivain du début des années 2000, nomma « les 5 stades de l’effondrement »[1]. Après les stades financiers, économiques et politiques s’ajoutèrent les stades sociétaux et culturels.

Mais revenons à notre sujet principal, la première crise financière, mais surtout monétaire, l’élément déclencheur.


Les élèves, assis autour du maître, buvaient ses paroles. Il était considéré comme un chef de tribu, un ancien. Il fut un des initiateurs et militants de la cause du Gouvernement du Peuple au début des années 2030. Puis, il fut élu en 2038 Ministre de la Terre Mère, sorte de Premier Ministre au sein de Polis. Il effectua deux mandats successifs. D’autres dans la communauté le considéraient comme un sage. Il était aussi l’un des derniers survivants de cette époque d’effondrement.

La communauté lui manifestait une considération et un profond respect pour ce qu’il avait accompli et pour la bienveillance qu’il exprimait à chacun, même aux étrangers de passage.

Pendant qu’il poursuivait son exposé, Jérémy parcourait la pièce du regard. Rien n’avait changé depuis son enfance, la bibliothèque regorgeait d’une centaine de livres jaunis par les années. Certains appartenaient à Papy Phil ; il les avait ramenés avec lui lors de son exil d’Europe. D’autres, dont il avait fait l’acquisition sur place, représentaient une des plus belles collections de livres de tout Polis.

Papy Phil en était fier et y accordait une importance toute particulière. Il estimait, à juste titre, que l’Education était le socle fondateur de toute civilisation.

Tous les élèves et membres de la communauté pouvaient emprunter n’importe quel livre. Jérémy lui-même avait lu et relu tous les ouvrages. Certains livres l’avaient marqué plus que d’autres.

Dans son enfance, il avait été fasciné par « Tour du monde en 80 jours » de Jules Verne, « Les Misérables » de Victor Hugo ou encore « Le Hobbit » et « Le seigneur des anneaux » de JRR Tolkien. Puis, plus tard, il s’essaya au « Meilleur des Mondes » de Aldous Huxley ou « 1984 » de Georges Orwell. Puis, progressivement, il prit connaissance des théories des économistes de l’ancien Monde tel John Keynes, Walter Lippmann, Friedrich Hayek, Karl Marx, Peter Drucker, Thomas Piketty.

De nombreux autres ouvrages dans le domaine des sciences étaient disposés dans l’immense bibliothèque. Des livres sur l’histoire, les sciences de la Vie, la Physique, la Biologie, … les religions (la Bible – ancien et nouveau testament, le Coran, la Torah, l’hindouisme, le bouddhisme…) y étaient représentées. Les thèmes aussi variés que la permaculture (l’ouvrage fondateur coécrit en 1978 par Bill Mollison et David Holmgren), la couture, la cuisine, la philosophie à travers de nombreux ouvrages de philosophes, l’agriculture biologique, la collapsologie, les sciences humaines, le développement personnel… se mêlaient les uns aux autres.


Une grande cheminée, dans laquelle crépitait un feu, servait de réception et de cuisson pour l’ensemble de la communauté lors d’événements, comme ce soir l’anniversaire de Papy Phil, où toute la communauté et ses alentours allaient se réunir pour festoyer, boire, danser, chanter.

Un vieux téléphone portable, ramené par Papy Phil de son exil de France, était posé sur la poutre transversale de la cheminée. Selon Papy Phil, ce petit objet était le symbole de la surconsommation et de l’individualisme qui avait conduit l’ancien monde à s’effondrer.

Enfant, Jérémy avait tenté de l’utiliser. L’objet fonctionnait et pouvait être rechargé. Toutefois, aucun signal de réception n’apparaissait. Il était donc inutilisable.


A droite de l’immense bibliothèque était placardé sur le mur « La déclaration Universelle des droits de la Terre Mère, de la Nature et des Espèces Vivantes »[12]. Lors de la prise de pouvoir par Le Gouvernement du Peuple en 2035, par contributions individuelles, le Peuple de Polis rédigea les 20 articles de la Nouvelle Constitution.

Ce texte fondateur érigea La Terre Mère, comme tout le monde l’appelle désormais, au-dessus de tout. La civilisation humaine était une partie de la Nature et était hébergée pour un temps non défini sur la Terre Mère.

Le respect de la Terre Mère représentait alors le nouveau modèle auquel chaque être devait se conformer. Il était formellement interdit de tuer une espèce animale. Les ressources appartenaient à La Terre Mère et devaient être redistribuées par troc ou par échange.

Le Parlement du Peuple, constitué de 500 individus tirés au sort, était renouvelé tous les 3 ans. Le Parlement possédait plusieurs rôles dont l’élection des ministres tous les 3 ans. Les ministres élus sur la base d’un programme triennal très détaillé étaient évalués annuellement sur l’atteinte ou non de leurs objectifs. Un vote annuel de confiance des ministres était systématiquement organisé par le parlement du Peuple.

Ainsi, les ministres proposaient les lois nécessaires à l’exécution de leurs plans d’actions. Le Parlement du Peuple avait alors la responsabilité de les approuver ou non par vote. Les partis politiques n’existaient plus sur Polis. Les membres du Parlement du Peuple ne siégeaient pas quotidiennement comme c’en était coutume dans l’ancien monde. Un ministre ou une ministre élu(e) ne pouvait pas se représenter à une prochaine élection s’il n’avait pas atteint les objectifs simples, mesurables, atteignables dans un temps donné pour lequel/laquelle il ou elle a été élu(e).

Ce nouveau modèle politique fut instauré en 2035 et donna des résultats très encourageants, amenant d’autres Smart City à s’inspirer de Polis.

Les inégalités étaient proscrites. Le surplus de ressources était redistribué. Le principe de propriété des terres par les êtres humains fut aboli.

Presque 50 ans après la rédaction de la Nouvelle Constitution, les prisons n’existaient plus. Il était très rare qu’un crime soit commis au sein de Polis.

Les citoyens n’avaient plus besoin de dérober ou voler puisque les ressources essentielles étaient redistribuées. Lorsqu’un individu de Polis commettait une infraction (vol de nourriture, d’objets, meurtre d’un animal…), il était envoyé à l’Institution de la Cohérence du Cœur, elle-même sous tutelle du Ministère du Bonheur et du Bien-Être. Cet établissement de réhabilitation enseignait les valeurs de partage, d’entraide, d’empathie, de reconnaissance, de bienveillance, de sollicitude[13].

Ce programme était également enseigné dès le plus jeune âge dans toutes les Agora des éco villages de Polis.

L’épargne et le capitalisme, selon les principes du libéralisme et néo libéralisme, tels que l’ancien monde était régi avant l’effondrement des années 2030, étaient également proscrits. Il était formellement interdit de s’enrichir avec de la monnaie fiduciaire. Les spéculations et transactions financières, la Bourse et les banques de détail furent bannies de Polis. Il existait toutefois un Ministère des Ressources, dont le rôle était de créer de la monnaie, de faire marcher la planche à billets si besoin était, et de mesurer et évaluer les besoins en ressources, en nourriture, en eau et en énergie pour l’ensemble de la population de Polis.

En 2083, la population de Polis était estimée à près de 4,5 millions d’individus, quasiment identique à la population enregistrée en 2018[14].


La population de Polis, juste avant la pandémie de la Maladie du charbon, était montée jusqu’à près de 8 millions d’individus. Durant les décennies 2030 et 2040, Polis avait développé une forte attraction. Son modèle était envié dans le monde entier. Les migrants se bousculaient à l’entrée de ce nouvel Eden. De nombreux milliardaires y avaient acheté dès les années 2010 et 2020 des terrains immenses en vue d’un potentiel effondrement du système mondial, dont tout le monde parlait[15].


Le Ministère de la Vie, dont le rôle était d’établir les règles de santé et d’hygiène, travaillait étroitement avec le Ministère du Bonheur et du Bien-être. En effet, les valeurs d’entraide, de partage, d’empathie, de sollicitude et de bienveillance édifiées comme nouveau paradigme avaient éliminé le stress, dont on sait maintenant, qu’il était la première cause de mortalité des êtres humains. La production et la variété des plantes médicinales était également régulée par ce ministère.


Le cours touchait à sa fin. Papy Phil était en train de faire le lien entre les éléments déclencheurs de la crise financière et monétaire, et l’effet domino produit.


— Selon vous quel est le lien ou le dénominateur commun au déclenchement de toutes ces crises, qu’elles soient politiques, économiques, financières, sociétales, énergétiques ?

— L’égoïsme, se risqua un des élèves.

— Oui, c’est une bonne réponse. En fait, le mot « individualisme » serait plus approprié à mon avis. Il était devenu, sans vraiment qu’on s’en aperçoive, le modèle d’interrelations entre les individus, les groupes et les systèmes. Nous vivions en abondance de ressources. Une véritable gloutonnerie s’organisa.


Il s’arrêta, semblant hésiter. Il s’adressa à son auditoire et poursuivit, accompagné de son clin d’œil caractéristique.


— Je vais faire un léger aparté. Connaissez-vous le nom du dieu grec de l’abondance ?


L’auditoire restait silencieux et attendait la réponse. Il s’adressa à Jérémy.


— Jérémy ! Est-ce que de vagues souvenirs te reviennent à la surface ? sourit-il.

— Il me semble que c’est Ploutos, non ? lui répondit-il d’un air amusé.

— Bonne pioche ! s’exclama-t-il. Mais, vous devez probablement vous demander quel est le lien avec le sujet du jour. Auriez-vous une idée ? interrogea-t-il de son regard, balayant l’audience.


Un nouveau silence prit place. Il s’adressa de nouveau à Jérémy.


— Jérémy ? une idée ?


Jérémy hésita un court instant, et, se lança dans une proposition.


— Compte tenu du sujet du jour, tu cherches probablement à faire le lien avec l’étymologie, c’est-à-dire l’origine du mot Ploutos. J’en déduis donc que l’aparté est au sujet du mot ploutocratie, lequel définit un système où le pouvoir politique est dévolu aux détenteurs de la richesse.


Impressionné, mais peu surpris, Papy Phil répondit avec enthousiasme.


— Bonne pioche, Jérémy. Effectivement, la ploutocratie est aux antipodes de la démocratie. Cette dernière est une forme de gouvernement dont la souveraineté appartient au peuple, tel qu’ici, sur Polis.

La vision des grecs, à l’origine de la création du modèle démocratique, était de donner le pouvoir au citoyen. C’est ainsi qu’Abraham Lincoln, célèbre Président des Etats-Unis, prononça une phrase qui restera dans l’histoire « Le Gouvernement du Peuple, par le peuple, pour le peuple ». L’histoire nous montrera plus tard que les Etats-Unis s’éloignèrent cruellement de la philosophie originelle énoncée par Abraham Lincoln.

« Puisque nous y sommes, faisons un tour des différentes appellations des systèmes politiques.

L’oligarchie, par exemple, est une forme de gouvernement où le pouvoir est réservé à un petit groupe de personnes qui forment une classe dominante. Au sein des sociétés occidentales et pays nantis, une élite façonna, de façon insidieuse, ce système tout en déclarant prôner la démocratie. Ce fut l’un des éléments fondateurs de la prise de conscience par les citoyens à l’égard des changements sociaux et politiques que nous connurent pendant la « Période Sombre ».

Mais, revenons à l’abondance. A titre d’exemple, un individu consommait l’équivalent de ce que consomme en ressources et énergie 100 individus aujourd’hui sur Polis. Un individu en Europe possédait plus de 100 esclaves énergétiques. 100 milliards d’animaux d’élevage étaient produits par an pour nourrir les êtres humains. Lorsque j’avais 20 ans, les 8 personnes les plus riches du monde détenaient le même montant de richesse que la moitié de la population mondiale, c’est-à-dire plus de 3 milliards de personnes[16].


Les visages et expression de l’auditoire en disaient long sur leurs étonnements. Certains se regardaient, effarés, ou restaient bouche-bée, d’autres encore manifestaient leurs surprises par des yeux ronds sortant de leurs orbites. Papy Phil poursuivit.


— Entre 1950 et 2000, la production de viande a été multipliée par 2, les céréales par 3,5 et l’extraction des métaux par 10. La consommation d’énergies primaires par individu a connu une croissance de 600 % en un siècle.

Dans le même temps, la population mondiale a connu une croissance exponentielle. D’un milliard d’individus en 1800, la population a atteint 7,4 milliards en 2018.

Cette abondance de ressources et d’énergies étant limitée, en 2030, « La Grande Accélération »[17] que connut l’ancien monde se traduisit par une « correction » dramatique qui débuta par le stade d’effondrement financier détaillé auparavant.

Par ailleurs, je ne connaissais pas mon voisin. Les gens préféraient se parler, se voir, se connecter par messageries et plateformes sur internet. Le virtuel dominait le réel. Le superficiel était devenu une norme.

Dans le même temps et par opposition, des mouvements citoyens et communautaires basés sur l’entraide et les valeurs collectives réapparurent et se multiplièrent.

Le modèle politique ultra libéral, ploutocratique et oligarchique, qui prévalut en occident, encourageait fortement l’individualisme.

Cette période, appelée Anthropocène[2], débuta aux alentours de la première révolution industrielle. La croissance fut alors érigée en dogme absolu. Aujourd’hui, près de 50 ans plus tard, nous continuons de vivre l’impact et les conséquences néfastes de cet effondrement.

« Enfin, comme vous connaissez mon goût prononcé pour les citations, je finirai cette leçon en paraphrasant Frédéric Beigbeder, un artiste et écrivain français, qui, au début des années 2000, écrivit « La société dans laquelle nous sommes nés repose sur l’égoïsme. Les sociologues nomment cela l’individualisme alors qu’il y a un mot plus simple : nous vivons dans la société de la solitude. ».

La leçon du jour touchant à sa fin, je vous propose que la semaine prochaine nous abordions un sujet de votre choix. J’attends de vous que vous utilisiez les livres à votre disposition dans l’Agora afin de sélectionner le sujet du jour. Vous désignerez alors un porte-parole afin d’expliquer succinctement pourquoi vous avez choisi ce sujet. J’essaierai alors d’être à la hauteur de vos attentes. Des questions ?


L’auditoire hocha négativement de la tête.


— Dans ce cas, je vous souhaite à toutes et à tous une excellente journée. Et je vous donne rendez-vous ce soir, même lieu mais dans une ambiance très différente.


Il ponctua la fin de sa leçon par son habituel clin d’œil accompagné d’un large sourire.

Les élèves se levèrent, et, un à un ou par petits groupes, sortirent de l’Agora. Jérémy s’avança vers Papy Phil.


— Tu n’as rien perdu de ton enthousiasme à transférer ton savoir, je vois.

— A mon âge avancé, il ne me reste plus que cette activité pour me rendre utile à la communauté. Le travail des champs devient de plus en plus difficile avec mes problèmes de dos. Et puis, tu connais ma vision sur l’importance et la place de l’éducation au sein d’une société. J’ai l’intention d’aller en ville cet après-midi. Voudrais-tu te joindre à moi ?

— A 14 h, on peut se retrouver au Grand Agora au pied du kauri géant, si tu veux.

— Parfait, rendez-vous à 14h.

— Papy Phil, le téléphone portable fonctionne-t-il toujours ? demanda Jérémy soudainement.

— Aucune idée, de toute façon, nous n’avons plus de réseaux et d’antennes réceptrices. Il ne nous serait d’aucune utilité. Cette relique est un souvenir de l’ancien monde. Voilà tout. Pourquoi ?

— Comme ça, par curiosité.

— Au fait, bonne chance pour ton rendez-vous. Je suis certain que ça va bien se passer. Je suis tellement fier de toi. Mon intuition m’envoie des messages très positifs.

— Merci, Papy Phil. Ça va le faire, je le sens bien aussi, répondit Jérémy avec sa confiance en lui coutumière.


Ils se séparèrent et Jérémy, songeur, s’élança sur son vélo pour rejoindre le chantier Hypo.


[1] Les cinq stades de l’effondrement – Dmitri Orlov, Le retour aux sources, 2016


[2] « L’Evénement Anthropocène – La Terre, l’histoire et nous » Jean-Baptiste Fressoz et Christophe Bonneuil, Seuil, 2013

[1] Définition de carbonatation de la chaux https://fr.wikipedia.org/wiki/Carbonatation#Carbonatation_de_la_chaux


[2] Kerterre – éco habitat fabriqué à l’aide de chanvre et chaux, http://kerterre.org/ ; https://www.youtube.com/watch?v=m-Jpa_gfgjM


[3] Ma maison autonome – Yourt Paille chaux - éco-construction et maison de paille (PART3), https://www.youtube.com/watch?v=qWPEATmeIUU


[4] Pérou – Production d’électricité grâce à la photosynthèse des plantes https://www.bioalaune.com/fr/actualite-bio/31444/perou-ils-produisent-de-lelectricite-grace-photosynthese-des-plantes


[5] Les 12 principes de la permaculture https://permacultureprinciples.com/fr/fr_principles.php


[6] Vidéo Riccardo Petrella”Le droit à l’eau, c’est un droit humain” https://sansapriori.net/2017/08/06/2057-petrella-le-droit-a-leau-cest-un-droit-humain/


[7] Concept de l’architecture en Zome http://www.zomes-concept.com/Jzomes.htm


[8] La Communication Non Violente Parents - Enfants https://papapositive.fr/bonhomme-osbd-apprendre-cnv-parents-enfants/


[9] Fusion nucléaire – report au-delà 2050 https://www.bbc.com/news/science-environment-40558758


[10] La fonte du permafrost libère des bactéries, des virus et du méthane https://www.politis.fr/articles/2018/12/la-fonte-du-permafrost-libere-des-bacteries-des-virus-et-du-methane-39717/?fbclid=IwAR14hN8gd0tStVE-4bD4kXgcIui2LwyUlhJhjcSUw92q3ypthpRgtTE4GI0


[11] La peste noire https://fr.wikipedia.org/wiki/Peste_noire


[12] Déclaration universelle des droits de la Terre Mère https://www.sol-asso.fr/wp-content/uploads/2012/04/Universal-declaration-of-the-rights-of-mother-earth-FR.pdf


[13] La Cohérence Cardiaque https://therapeutesmagazine.com/coherence-cardiaque/


[14] Population de Nouvelle-Zélande en 2018 https://www.populationdata.net/pays/nouvelle-zelande/


[15] La Silicon Valley se prépare à l’apocalypse https://www.ladn.eu/nouveaux-usages/etude-marketing/la-silicon-valley-se-prepare-a-lapocalypse/


[16] 8 hommes possèdent autant que la moitié de la population mondiale https://www.oxfam.org/fr/salle-de-presse/communiques/2017-01-16/huit-hommes-possedent-autant-que-la-moitie-de-la-population


[17] La « grande accélération » https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/acceleration-terrestre


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